Qui est Charlie ?

03 avril 2016

Opportunisme (Droite et Gauche)

Nécessité : voilà bien le mot hideux que nos élites ont trouvé pour nous faire croire au prolongement de la Providence dans le Marché. Il faut bien se comprendre : c'est la majuscule ici que je bouscule, que j'agresse. Le marché dans le domaine matériel, la Providence dans le spirituel, sont des faits d'humanité. Rien que des faits. Je considère par conséquent toute bataille à leur encontre don quichottesque. Et grotesque la récupération que tente d'en faire l'oligarchie. Cet opportunisme-là a détruit plus sûrement le bien commun que je ne sais quelle menace interne ou externe. L'érection du marché en Absolu aura fait passer les plaintes des laissés-pour-compte pour des jérémiades et la confusion de leur sort avec l'œuvre divine aura abîmé durablement les deux champs, profanes et sacrés. D'où l'impuissance de ces mêmes opportunistes à rétablir un tant soit peu d'ordre : le monstre qu'ils ont engendrés se retourne contre eux, à travers le "populisme" (manifestation de détresse avant sa récupération politique mais ce n'est pas fini) et le salafisme violent.

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14 mars 2016

De l'Avenir faisons table rase

L'oubli de l'Histoire joue un rôle primordial dans ce renoncement dramatique, dans ses motifs comme dans ses effets.
Ces motifs sont soit l'ignorance, l'opportunisme ou la haine.
Tout d'abord on croit suffisamment connaître l'Histoire dès que quelques dates (dans le meilleur des cas) nous reviennent en mémoire - si tant est que la connaissance historique puisse se résumer - ce que Jacques Bainville contestait en son temps - à "la narration de faits alignés, les uns au bout des autres".
Mais il est à craindre que nous n'en soyons même plus là et, qu'à la disparition des dates ou des événements s'ajoute désormais le fatras des interprétations essoufflées, dont le seul et navrant résultat aura été de détourner pour un temps nos jeunes d'un quelconque intérêt pour notre passé. Qui a déjà parcouru l'un de ces manuels fourre-tout pour collégiens, sans parler de ce qu'en fait l'enseignant dans son cours, aura tôt fait de s'en rendre compte. À se demander, au vu de ce qu'il en reste, si ces heures d'enseignement ne devraient pas être purement et simplement être considérées comme perdues et reversées vers d'autres activités plus oisives.

Le passé est pourtant bien plus sûr que l'avenir. D'une part il nous remet à notre place sur la longue échelle du temps et, comme l'a si merveilleusement montré Darwin pour les espèces, il nous apprend que la différence avec nos prédécesseurs est une question de degré et non de nature. D'autre part, il nous prémunit contre l'Avenir comme idéal nécessaire, que la Révolution portait dans ses flancs, et qui engendra les pires régimes totalitaires.


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26 février 2016

Retour à l'esprit

La France que j'aime est - pour citer encore Simone Weil qui le dit mieux que moi - "une chose belle et précieuse, mais d'une part imparfaite, d'autre part très fragile, exposée au malheur, qu'il faut chérir et préserver". Ce qui ne veut pas dire que je ne fonde pas d'espoir pour elle, comme pour mes enfants, au plus profond de mon cœur. Mais sans orgueil. Je ne supporte pas et n'ai jamais supporté les parents orgueilleux ; je supporte mal les patriotes orgueilleux. Si un mouvement patriotique veut avoir quelque chance d'accéder au pouvoir en France, il n'aura pas d'autre choix que de renoncer à cet orgueil ou, pour le moins, devra intégrer ce qui, dans l'âme française, ressort de la compassion - qu'il s'agisse de son héritage chrétien ou de l'esprit de 89. Si cette synthèse me plaît, je ressens chaque jour la tragédie qui nous en éloigne : la honte et la culpabilité d'assumer ce soi-même l'alimente en bonne part.

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16 février 2016

France

Ce qui nous empêche aussi, c'est l'amour de notre milieu de vie. Je n'ai rien à ajouter, 70 ans plus tard, à ce que Simone Weil dit du nécessaire enracinement et, en particulier, de la patrie "comme un certain milieu vital". Ce qui m'empêche, c'est, qu'au-delà du décor hideux planté par ceux qui n'y croient pas ou croient contre ou croient plus, je vois la France. La France qu'il me semble aimer depuis "toujours" : depuis mon baptême, à 5 ans, sous les auspices de la République ; depuis les 11 novembre sur la place de la mairie quand, à l'appel de chaque nom par le maire, nous, les élèves, répondions en cœur :" Mort pour la France". Je ne l'aime pas comme un absolu : je connais en partie les grandeurs et les bassesses qui la trament ; je l'aime comme d'autres choses. Mais elle m'est vitale.
Aussi suis-je triste lorsque, sous prétexte de la "sauver", on prétend lui substituer un objet plus vaste, qui ne me dit rien de précis, rien d'assez fort pour l'esprit ; je suis en colère quand on l'offre sans condition, pour une partie de son corps, pour ses largesses, à ceux qui la reluquent comme une catin, qui discutent le prix mais ne voudront jamais payer le prix car ils ne sont pas prêts à mourir pour elle. Oui mourir pour elle !

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11 février 2016

Pub !

image"Déambuler"

C'est ce qu'aime faire visiblement le Maire débonnaire dans sa doudoune grise. Il visite ainsi chaque commerçant de Barnufles, il écoute, il explique surtout sa recette miracle, son mantra, sa formule magique contre l'insécurité : la vidéo protection. Qui ne protège pas, qui n'intervient pas, mais qui prévient. Qui ? De quoi ? Par qui ? On ne le sait trop mais quelle belle invention.
Il recadre au passage le mort-de-trouille qui se montre compréhensif avec les hors-la-loi, et c'est reparti pour une petite déambulation verbale dans un monde que personne n'a jamais vu par ici, entre Prévention et Police Municipale (à moins de confondre celle-ci avec les A.S.V.P, qui ne s'occupent que de stationnement). Ainsi l'édile nous balade-t-il au pays du jamais vu, comme si lui-même était un homme sorti de nulle part, comme s'il n'était pas élu depuis 20 ans...20 ans, mince ! Ça laisse du temps pour voir venir les problèmes de la rue, surtout quand on aime à ce point déambuler. Le pharmacien, lui aussi, aimerait bien se "balader" comme il veut. Et nous aussi d'ailleurs. Et marcher tout simplement, quand on rentre du travail ou qu'on revient de l'hôpital, car on ne passe pas tout son temps à se balader. On aimerait bien mais, dans notre monde, c'est moins facile que dans celui de monsieur Nicolle qui, avec 50 % d'abstention aux dernières élections et 18 % pour le Front National, semble de moins en moins avoir de crédit. Ce que le seul lecteur à commenter l'article du Parisien résume ainsi : "Chroniques de la peur ordinaire ! qu'est qu'on fait ? rien . on attend le dérapage d'un habitant qui sera ensuite taxé de facho!"

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07 février 2016

Notre point commun avec le "lumpen".

Un mot encore sur cette première catégorie de "salauds". Cette première catégorie, c'est nous.
Ce n'est plus le lumpenproletariat
d'Affreux, sales et méchants d'Ettore Scola, qu'on distinguait encore au milieu du siècle dernier de l'honnête travailleur. Non, à moins de nous considérer comme "les rebuts et laissés pour compte de toutes les classes sociales", que nous ne sommes pas, nous ne pouvons être comparés à une sous-classe. Nous formons en revanche une autre sorte de rebut, par rapport à l'édifice politique national en ruine. Partout où nous sommes, nous ne nous sentons de nulle part, hormis peut-être encore en notre chez-soi, dont la valeur ne tient toutefois qu'au prix. Tant que nous circulons à peu près à notre aise dans le monde sans frontières, autres que celles, invisibles, que nous mettons entre nous et les damnés de la terre, le devenir de notre patrie nous indiffère, comme son pourrissement. C'est ce qui explique une forme persistante de bienveillance pour le lumpen, tant qu'il ne nous côtoie pas de trop.

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30 janvier 2016

Dernier mot

Un dernier mot sur la propreté des rues. Quand nous parlons d'elles comme de nos oripeaux, nous ne cherchons pas l'effet de style, nous ne faisons pas spécialement œuvre "écolo". Je le précise car j'entends déjà les moqueurs me parler de problèmes beaucoup plus graves, que les intellos dans mon genre n'auraient pas envie de voir.
Eh bien, c'est faux ! C'est même tout le contraire. Ce que nous combattons, c'est l'ordure sous toutes ses formes. Ce ne sont pas seulement les objets de consommation trouvés par terre ou dans les massifs de fleurs saccagés, mais aussi l'action de les balancer juste à côté de la poubelle, comme la main qui les balance, une main de salaud, qui s'en fout, lui, de nos habits collectifs. Il doit penser que ce ne sont pas les siens, ou qu'il n'en veut pas, de ces habits, ou que ceux qui crèchent là sont bien cons et bien résignés pour y vivre et, pire, espérer que ça ressemble encore à quelque chose. Peu importe ce qu'il pense, après tout. Je suis assez fou pour croire que ces espaces ressembleront, peuvent ressembler, ressemblent à un espace publique et politique où les voix s'expriment librement et sans crainte.

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22 janvier 2016

Hommes invisibles

"Arracher" est le mot et il ne faut y voir aucune violence. Nous avons tous nos zones de confort, dont nous ne sortons bien souvent que contraints et forcés. Comment un élu de la ville qui, au demeurant, n'y réside pas, et dont les responsabilités politiques l'éloignent de nos parterres souillés, peut-il se rendre compte du mal insidieux que nous fait leur dégradation incessante ? N'en est-il pas de même pour la directrice générale de l'office HLM de la même ville, elle aussi absente de nos quartiers le week-end et le soir, qui n'a pas de problème, elle, là où elle travaille et où elle réside, de reconnaissance et d'estime de soi. Car nos lieux de vie sont comme des vêtements - ils touchent à notre apparence et donc à notre image - mais, contrairement aux vêtements, ne les rapièce pas qui veut. On aime, au moins de temps en temps, se faire beau ; mais ici on a besoin d'un coup de main d'un élu ou d'un bailleur pour le faire. Il faut que le détenteur d'un pouvoir quelconque se décide à agir, faute de quoi le sentiment d'impuissance finit par l'emporter.

Hélas l'attente, sans provocation, est souvent vaine ; ils ne le font pas, non par méchanceté, mais parce que nous sommes devenus invisibles.

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14 janvier 2016

Qu'est-ce qui fait notre identité ? In memoriam S. Alinsky

Comme le rappelle Alinsky dans le Manuel de l'animateur social , il faut commencer par se demander quelle couleur annoncer à la population visée et dire ce qui nous rend plus fiables que les autres ou, pour le moins, nous différencient d'eux.
En l'occurrence, les habitants que nous voulons toucher ne viendront que s'ils nous perçoivent comme des alliés. Et l'un des moyens de leur prouver, c'est de ne pas faire "touche-touche" avec les notables locaux, en particulier avec les politiques de tout bord. Apolitiques donc, à condition de retenir le sens étroit du terme "politique" ("qui revient sans cesse au responsable politique comme l'élève vers son maître"). En parcourant le site du collectif "Pas sans nous", qui se réclame pourtant du community organizing, je suis donc surpris d'y trouver le partenariat avec un ancien ministre de la Ville, député et une députée. Que peuvent penser les gens de ce parrainage ? Et quand bien même en penseraient-ils du bien ou y seraient-ils indifférents, c'est donner une bien mauvaise habitude que de pas garder ses distances avec des individus et des partis dont les finalités et les tactiques, tant individuelles que collectives, peuvent s'écarter en tout point des nôtres. Ils parlent de généralités quand nous partons des réalités quotidiennes ; ils se croient surpuissants quand nous les savons faibles ; ils prétendent représenter l'intérêt général là où nous ne voyons que groupes d'intérêt et lobbies. Le propos déplaira peut-être mais soyons clair : comment accorder le bénéfice du doute à de potentiels adversaires, auxquels il faudra bien arracher des compromis ?

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07 janvier 2016

Pendant la bataille -VII : FMV

Le lieu de l'action est un non-lieu ; cela tombe bien : il ne peut y avoir de meurtre dans ce "nulle part" virtuel. Il n'y pas de meurtre, non parce qu'il ne se passe rien, mais parce que tout est déjà scénarisé et cadré par la caméra de l'objet volant identifié. Dans le cadre, il n'y a que le vide - le lien a disparu - les ombres incommensurables, le temps de l'horloge et le temps de l'image, fabrique continue de notre puissance. Tout est mort ou en passe de l'être. Même la voix à la radio dit rarement quelque chose de vivant.

Pourra-t-il en être autrement ?

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